De L’illusionisme Opportuniste Ou Opportunisme Illusioniste

Dans le quotidien Mutation du 24 novembre 2025, Célestin Bedzigui, Président du PAL, commet un article titré « Le pouvoir de l’illusion et l’illusion du pouvoir ». Son papier commence par un long réquisitoire contre M. Issa Tchiroma Bakary, le président légitime issu des urnes au soir du 12 octobre 2025. Le président du PAL accuse son homologue du FSNC d’être un grand perturbateur, celui par qui le pire pourrait arriver.

Selon lui, ITB aurait fait le choix d’une voie non institutionnelle pour accéder au pouvoir en refusant de s’inscrire dans la dynamique et la puissance des institutions. Il continue : après avoir accusé et mis en doute l’impartialité du Conseil constitutionnel sans l’élément à charge essentiel qu’aurait pu être une décision prise en sa défaveur, en refusant les confrontations qui jalonnent le processus électoral, ce ‘président élu’ s’est privé des preuves matérielles pour soutenir sa prétention.

Les critiques de Célestin Bedzigui relèvent de la prestidigitation intellectuelle. Comment saurait-on accuser un ancien ministre de la République qui s’est régulièrement présenté à l’élection présidentielle d’avoir choisi une voie non institutionnelle pour accéder au pouvoir ? Comment ne pas mettre en doute l’impartialité de Clément Atangana quand ce dernier participe activement aux meetings du RDPC et fête ostensiblement avec les partisans de l’ex-président de la République sa victoire volée ?

Bedzigui, qui n’invalide nullement la posture du président Tchiroma, insiste pour que soient uniquement pris en compte les résultats sortis des urnes au soir du 12 octobre 2025, et non ceux produits par les bidouillages des commissions départementales et nationales de ELECAM. Ceci ne l’empêche pas de continuer sa diatribe contre Issa Tchiroma, qu’il accuse cette fois de menteur audacieux. ‘Audace du mensonge. On s’associe avec les autres partis politiques que nous étions à la recherche d’un candidat consensuel de l’opposition. Un jour, on s’autoprogramme candidature consensuelle sans le soutien d’aucun des dix autres candidats avec lesquels on était en conclave’.

Le président du PAL feint de ne pas savoir que Issa Tchiroma ne s’est pas autoproclamé ; il a été investi candidat consensuel du peuple le 13 septembre 2025 par l’Union pour le changement en 2025 – UPC 2025, une coalition de 22 partis politiques et 34 associations de la société civile, ainsi que de multiples personnalités indépendantes.

Les dix partis politiques dits de l’opposition retenus par Clément Atangana, plus connus sous le vocable de ‘clémentins’, ont été ignorés royalement par le peuple camerounais qui a préféré faire sa coalition avec Issa Tchiroma Bakary sur la base d’un programme de transition et de refondation, réalisable en trois à cinq ans.

L’UPC 2025 a ainsi déjoué le plan machiavélique du pouvoir qui avait confié aux ‘clémentins’ la mission de saboter toute initiative unitaire de l’opposition et d’aller en rangs dispersés au scrutin du 12 octobre pour disperser les voix du peuple du changement et assurer la victoire du candidat du RDPC. ‘L’oiseau a vu le caillou’ et les ‘clémentins’ ont tous eu des scores minables oscillant entre 0 et 3%.

Issa Tchiroma, le grand perturbateur, celui par qui le pire pourrait arriver, a été largement plébiscité avec un score sorti des urnes, frisant les 60%, à la grande déception de Bedzigui et des neuf autres chefs de minuscules partis ne jouissant d’aucune légitimité.

Le peuple camerounais nous a donné une grande leçon de science politique : la légitimité d’un parti ne s’acquiert pas a priori par sa rétention par le Conseil constitutionnel ; elle s’acquiert a posteriori par le soutien populaire qu’il suscite. Dans le même ordre d’idée, la légalité des proclamations du Conseil constitutionnel n’entraîne pas la légitimité du candidat adoubé.

Issa Tchiroma est le président légitime, désigné et choisi par le peuple souverain.
Paul Biya est un président illégitime, mais légalement choisi par un Conseil constitutionnel à ses ordres.

Quand légitimité et légalité s’opposent en démocratie, la légitimité l’emporte, car elle est l’émanation du peuple souverain.

Après sa litanie de contresens, Bedzigui a quelques lueurs de lucidité ; il reconnaît que la nation est en péril. Les activités sont au ralenti du fait ‘d’ultimata ou mots d’ordre, villes mortes et journée de deuil national’ décrétée par le président légitime du peuple. L’état réel du Cameroun affiche une société clivée dans laquelle s’affrontent deux camps : celui de ceux qui font de Biya le vainqueur, à qui il reproche une vie dans l’illusion du pouvoir, et le camp de ceux pour qui Tchiroma est vainqueur, qu’il accuse de vivre le pouvoir de l’illusion.

Bedzigui, tel un illusionniste manipulateur de la boule de cristal, s’essaie à la prédiction du futur. ‘Cette configuration signale une quasi-impossibilité de réconciliation entre les deux camps. Elle préfigure une confrontation politique durable et risquée pour la paix sociale’. Contrairement à ses amis du pouvoir, le président du PAL reconnaît qu’il y a bel et bien une crise post-électorale qui fait planer sur le Cameroun le spectre de la guerre civile généralisée.

Bon diagnostic pour sa majesté. Mais l’ami des hommes n’est pas celui qui pose les problèmes, mais celui qui apporte des solutions. Que propose Célestin Bedzigui ? Sa réponse est claire : ‘Devant ce face-à-face dangereux, la tension ne peut être atténuée que par un élargissement de la base gouvernementale. Dans son discours d’investiture, le président (illégitime) Biya a parlé d’union sacrée pour relever les défis auxquels le Cameroun est confronté’. Il ajoute : ‘La dernière élection a permis qu’émergent douze formations politiques qui devraient, sans exclusive, être associées à la formation de cette union sacrée’.

En français facile : Bedzigui, grand opportuniste devant l’éternel, demande que Paul Biya forme un gouvernement d’union nationale dans lequel tous les dix ‘clémentins’ seraient représentés ; ce qui, sous couvert de réalisme politique, relève en fait de l’illusionnisme opportuniste ou de l’opportunisme illusioniste.

Au nom de quel réalisme politique des partis nains ayant moins de 1% des suffrages valablement exprimés — comme celui de Bedzigui — devraient-ils être considérés sur le même pied d’égalité que des partis qui ont obtenu 30% (RDPC) ou près de 60% pour le candidat de l’Union pour le changement ?

Au nom de quels principes démocratiques la personne qui formerait un tel gouvernement d’‘union sacrée’ devrait être Paul Biya, que le peuple a vomi, plutôt que Issa Tchiroma ?

En réalité, ces attaques multiples contre le président légitime du peuple montrent clairement que la proposition de Célestin Bedzigui à son ami Biya est de former un gouvernement d’‘union sacrée’ avec les dix clémentins et de marginaliser le candidat consensuel du peuple.

Sacré Célestin ! On a le droit de rêver, mais le pire arrive quand on prend ses rêves pour la réalité, ses illusions pour des faits tangibles, son opportunisme pour de la science.

Mwalimu Djeukam TCHAMENI
Président du MDI
Membre du Présidium de l’UPC 2025
Prisonnier politique