Mwalimu Djeukam TCHAMENI
Président du MDI
Membre du Présidium de l’UPC2025
Yaoundé, le 15 Novembre 2025
Le 12 octobre 2025, les Camerounais dans leur immense majorité ont élu Issa Tchiroma Bakary, Candidat de l’Union pour le Changement (UPC 2025), comme Président de la République. Le refus du Président sortant d’accepter sa défaite cuisante a plongé le pays dans la crise électorale la plus grave de son histoire. Mal gérée, cette crise pourrait entraîner le pays dans un état de guerre civile larvée qui détruirait les fondements de notre Nation.
Devant l’irresponsabilité des jusqu’au-boutistes tapis dans l’ombre, qui veulent à tout prix s’accrocher au pouvoir malgré leur déculottée électorale, l’Union pour le Changement doit être responsable pour deux.
Pour mieux permettre aux lecteurs de comprendre ce qui va suivre, je souhaiterais décliner mon identité politique. Je combats le régime néocolonial, dictatorial et hypercentralisé en place depuis 1979, quand il était encore dirigé par Mr Amadou Ahidjo. L’accession au pouvoir de M. Biya n’a nullement atténué mon combat pour un État Souverain et Démocratique au service de la Nation. Depuis 43 ans, j’analyse méthodiquement les faits et gestes de mon adversaire politique et j’étudie ses silences et ses discours.
J’ai donc appris à bien connaître le président sortant et, contrairement à beaucoup de ses opposants, j’arrive à anticiper avec une clarté croissante ses prochaines manœuvres.
Comme à l’accoutumée, j’ai lu et relu le discours d’investiture du 6 novembre 2025. Il a quelque chose de spécial ; à quelques détails près, il est probablement la sortie la moins arrogante de Paul BIYA en 43 ans de règne. Dans son allocution, il n’affuble pas ses opposants de tous les noms d’oiseaux ; on n’y retrouve nulle part du « qui êtes-vous », « apprentis-sorciers », « vendeurs d’illusions ». L’ex-président se contente de les traiter de « vendeurs d’illusions », « politiciens irresponsables », ce qui, comparé à ses autres qualificatifs habituels, sonne presque comme un compliment.
Voici quelques extraits du discours du 6 novembre 2025 :
« Je mesure pleinement la gravité de la situation que traverse notre pays. Je mesure la profondeur des frustrations, l’ampleur des attentes… Je voudrais tendre la main à tous et à chacun… j’en appelle donc à l’union sacrée. Joignez-vous à moi pour que nous puissions ensemble, dans la paix et la concorde, relever les formidables défis auxquels notre pays est confronté. Je vous invite tous à prendre part à ce combat salutaire (…) L’heure est désormais au rassemblement. »
La main tendue est toutefois assortie d’une menace à peine voilée :
« Il est de ma responsabilité de veiller à ce que l’ordre soit maintenu. Je peux vous assurer : l’ordre régnera. »
Le reste du discours est sans véritable intérêt. M. Biya sert à son auditoire un catalogue de promesses creuses, ressassant du réchauffé rarement suivi d’effets. Il évoque la guerre fratricide dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, sans proposer la moindre solution. Il décharge même sa fonction de Protecteur de la Nation sur les chefs traditionnels :
« J’invite… les chefs traditionnels, les élites et les forces vives des régions affectées à s’engager plus qu’avant dans la sensibilisation des membres des groupes armés… afin qu’ils déposent les armes. »
C’est le sommet de l’irresponsabilité politique.
Il n’en demeure pas moins que la résolution de la crise dans le NOSO et de la crise électorale nécessitera de tous les protagonistes un grand sens de responsabilité, afin d’éviter au Cameroun des conséquences dramatiques. Si la crise post-électorale n’est pas résolue avec intelligence et sagesse, la guerre larvée qui sévit depuis 8 ans dans le NOSO pourrait s’étendre dans l’Adamaoua, le Nord, l’Extrême-Nord, l’Ouest, le Littoral, l’Est et même à Yaoundé.
Les politiciens des deux bords doivent URGEMMENT entrer en négociation.
Un contact direct doit être établi entre M. Issa Tchiroma Bakary, qui détient la légitimité populaire, et M. Paul Biya, qui contrôle les instruments de la violence légale. Une équipe de l’Union pour le Changement et une équipe du RDPC doivent préparer cette rencontre. Une médiation internationale sous l’égide de l’Union Africaine, accompagnée par les États-Unis et la Russie, doit être initiée.
Des négociations bien menées pourraient déboucher sur un Gouvernement d’Union Nationale et de Transition, dirigé par un Vice-président ou un Premier ministre avec pleins pouvoirs, chargé de mettre en œuvre, en 3 ans, les réformes du Manifeste de la Transition et de la Refondation de l’UPC 2025 :
- Libération immédiate et sans condition de tous les détenus politiques des crises du NOSO et des crises post-électorales 2018 et 2025.
- Tenue des Assises Nationales et des États généraux socio-professionnels.
- Révision de la forme de l’État vers un fédéralisme contextualisé.
- Légalisation de la double nationalité et intégration de la diaspora.
- Modification du code électoral pour le rendre consensuel, transparent et équitable.
- Organisation des élections générales au terme de la transition de 3 ans, incluant une présidentielle à deux tours.
Une paix des braves, aujourd’hui, éviterait à notre pays un scénario catastrophique : les partisans de Issa Tchiroma, avec ou sans son accord, créent une branche armée ; des opérations de guérilla éclatent ; les partisans de Paul BIYA, paniqués, organisent un coup d’État ; une personne sans légitimité prend le pouvoir ; le peuple la rejette ; le conflit s’enlise ; le pays s’effondre. Après des milliers de morts, millions de déplacés, et milliards perdus, les belligérants se retrouveront finalement pour négocier… un gouvernement de transition qui aurait dû être formé 10 ans plus tôt.
Que Dieu et les Ancêtres préservent notre pays des désolations de la guerre civile.
Qu’ils inspirent ses fils et filles à trouver dans le Dialogue les solutions idéales aux problèmes de l’heure.
Mwalimu Djeukam TCHAMENI
Président du MDI
Membre du Présidium de l’UPC2025